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  • Catherine Hargreaves

Christchurch 14/11

Dernière mise à jour : 7 janv.


J'ai rdv avec un couple de retraité.e.s dans une petite ville de l'autre côté du New Forest que je traverse en car pour l'occasion. Les poneys et chevaux sauvages s'y baladent toujours librement comme dans mon enfance.

Christchurch semble être une ville plutôt riche. C'est Remembrance Day et j'arrive en plein défilé. Je regarde les officiels marcher dans leurs toges et robes suivis des militaires, c'est dingue comme les anglais aiment se déguiser - de façon ridicule - avec le plus grand sérieux. Je me balade un peu, le club conservateur a l'air beaucoup plus chic ici que celui de Southampton.

Le couple vient me chercher en centre ville pour me ramener chez eux et m'accueille avec beaucoup de gentillesse. C'est un pavillon avec un petit jardin, ils ont deux labradors noirs qu'ils adorent. Ils ont spécialement acheté des gâteaux pour moi et me servent le thé.

T. a fait ses études de kinésithérapie avec ma mère dans les années 60. Elles ne se voient pratiquement plus maintenant. Quand ma mère est venue en France en 1968, elle n'a pas eu le droit d'exercer son métier, il fallait obtenir un diplôme français. Rachel est née. Elle adorait son métier mais c'était trop compliqué de reprendre les études. Aujourd'hui, grâce à l'Union européenne, il est beaucoup plus facile d'avoir des équivalences sans devoir refaire complètement ses études.

Le mari de T. se dit surpris quand je luis dis que je suis autant anglaise que française. Il trouve ça bizarre vu que je n'ai jamais habité ici. Il me le répète plusieurs fois au cours de la conversation. Il trouve que l'Angleterre va mal, me parle de ces jeunes qui se battent pour le climat mais dit que ça n'a aucun sens puisque c'est eux qui laissent traîner des détritus partout. Puis il m'explique que l'Angleterre est un grand pays, terriblement indépendant, que c'est le seul pays qui a su ne pas se faire envahir par les allemands, que si l'Europe est libre aujourd'hui c'est en partie grâce à lui. Ce qu'il faut savoir me dit-il à propos de l'Angleterre, c'est que c'est un pays chaotique et imprévisible, sa force est là même si elle peut paraître déstabilisatrice à première vue. S'assujettir à des organisations comme l'Union européenne est contraire à son essence. Oui, le Brexit peut lui permettre de redevenir grande. Puis il revient sur les jeunes aujourd'hui, il me dit qu'ils sont assistés et ne savent pas ce que c'est que l'effort. Dans son temps, on tombait amoureux mais on avait pas des enfants tout de suite, on s'assurait d'être solides d'abord, lui-même a attendu 5 ans avant d'avoir des enfants avec sa première femme. T. intervient et dit que c'est tout de même plus dur pour les jeunes aujourd'hui, les conditions étaient bien différentes. Silence. J'apprends un peu plus tard que sa retraite est indexée sur l'inflation.

J'hésite un temps puis lui demande ce qu'il pense de l'immigration en Angleterre. Ce que fait la France est impardonnable me dit-il. On leur a donné des millions à Calais et ils n'en ont rien fait. Il boycotte les produits français et n'achète pas de vin français me dit-il fermement. Je ne sais pas si ça doit m'impressionner. Puis je ne me rappelle plus comment c'est venu mais déplorant le manque de chauffeurs de camion à cause du Brexit, il m'annonce qu'il a une petite blague, on devrait dit-il aller vers les radeaux dans la Manche et demander s'il y a des chauffeurs de camions à bord avant de les renvoyer dans l'autre sens. Il rigole. C'est une blague d'un journal pro-européen me dit-il.

Il est temps de partir, on fait un selfie à trois. T. me raccompagne en voiture. Pendant le trajet, elle me dit qu'elle fait partie d'une chorale qui donne des concerts pour donner de l'argent aux associations d'aide sociale et que pendant le confinement elle a monté une affaire de récupération et de revente de livres pour un but caritatif. Elle est très préoccupée par la misère qui devient de pire en pire.

J'attends le bus avec un des jeunes militaires qui a défilé plus tôt.




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C. est d'origine nigériane et aime aussi beaucoup Bristol. Il aime son cosmopolitisme et la gentillesse de ses habitant.e.s. Il habitait avant à Cardiff et il trouve que les gens ici sont plus "éduqué